Les Naufragés du Costa Mucho de Jean-Pierre Martinez

Les Naufragés du Costa Mucho, comédie de Jean-Pierre Martinez pour 2 personnages, jouable par 1 homme et 1 femme, ou plusieurs couples.

Elle et lui sont dans le même bateau. Elle et lui tombent à l’eau. Qu’est-ce qui reste ? La vie est un naufrage. L’au-delà, un paradis fiscal.

Distribution : 2 personnages (1 homme et 1 femme).

Pièce mise en ligne en septembre 2015
Pièce créée à Lyon, Théâtre de l’Anagramme, le 2 juin 2018

Traduction disponible en espagnol : Los Náufragos del Costa Mucho, traduction par l’auteur

Traduction disponible en anglais : The Costa Mucho Castaways, traduction par l’auteur

Traduction disponible en portugais : Os Náufragos do Costa Mucho, traduction par l’auteur 

Les Naufragés du Costa Mucho, la chanson

Paroles et musique : Jean-Pierre Martinez

Cette chanson peut être utilisée, sans obligation, dans le cadre d’une mise en scène, sur simple demande auprès de l’auteur et sans supplément de droits.
Le fichier audio est disponible sur demande, après obtention préalable de l’autorisation de la SACD pour l’utilisation du texte de la pièce.

Nombre de répliques par personnage :
Patrick: 305 répliques
Nathalie : 301 répliques

Ouvrage paru aux Editions La Comédiathèque
ISBN 979-10-90908-89-5
Octobre 2016
46 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 9,90 €

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Principaux montages

Nombreux montages en France (Lyon, Forcalquier, Tulle….)
2022 – Cordoue (Espagne), Palacio de Viana : Los Náufragos del Costa Mucho, par La Vidriera Teatro, présenté le 8 juillet dans le cadre du cycle Viana a Escena. La compagnie a poursuivi l’exploitation de cette version espagnole dans son répertoire.

Une comédie sur le naufrage de nos certitudes

 Dans Les Naufragés du Costa Mucho, Jean-Pierre Martinez reprend une situation classique de la littérature d’aventures : deux inconnus échoués sur une île déserte après un naufrage. Mais cette robinsonnade contemporaine s’éloigne vite du simple récit de survie. À mesure que Patrick et Nathalie cherchent à comprendre ce qui leur est arrivé, leurs repères se dérobent : l’argent perd sa valeur, le temps devient incertain, les souvenirs s’effacent et leur identité elle-même finit par vaciller.

Tout commence pourtant comme une comédie de caractères. Patrick, chauffeur routier, et Nathalie, professeur de français, viennent de milieux sociaux et culturels très différents. Lui se fie surtout à son expérience et se méfie des références savantes ; elle interprète volontiers ce qui leur arrive à travers les livres, les films et les souvenirs qui lui reviennent. Leur opposition nourrit le comique, mais elle ouvre aussi la voie à un rapprochement. Privés du monde auquel ils appartenaient, ils apprennent peu à peu à se regarder autrement que par les catégories sociales qui les séparaient.

Le naufrage devient alors une forme de dépouillement. Sur l’île, ce qui paraissait essentiel dans la vie ordinaire ne l’est plus. Une valise pleine de billets n’a plus aucune utilité puisqu’il n’y a rien à acheter. À l’inverse, un Bounty ou une canette deviennent précieux. Le renversement prête à rire, mais il dit aussi quelque chose de très simple : l’argent n’a de valeur que dans un monde qui lui en accorde.

Les deux naufragés vont jusqu’à transformer leur îlot en « République Autonome de Costa Poco », un minuscule paradis fiscal dont ils sont à la fois les citoyens, les électeurs et les dirigeants. La pièce s’amuse ainsi avec les notions de pouvoir, de propriété, de frontière et de richesse. Le monde qu’ils ont quitté se reconstitue en miniature, sous une forme assez absurde pour en révéler les conventions.

Puis le réel commence à dérailler. Des objets apparaissent comme par miracle. Le téléphone capte au moment le plus improbable. Une bouteille jetée à la mer par Nathalie lorsqu’elle était enfant lui revient des années plus tard. Des Bounty semblent pousser sous les palmiers. Chaque jour, un billet supplémentaire apparaît dans la valise. Et le temps devient impossible à mesurer.

La comédie glisse alors vers un univers plus onirique. Patrick et Nathalie oublient peu à peu leur vie d’avant, leurs proches et certains éléments de leur propre identité. Le naufrage n’est peut-être plus seulement celui d’un paquebot : il devient aussi celui de la mémoire et de tout ce qui permettait aux personnages de savoir qui ils étaient.

Le dispositif prévu par le texte renforce cette dimension. Patrick et Nathalie peuvent être joués du début à la fin par les mêmes comédiens, ou être confiés à des interprètes différents au fil de la pièce. Ce choix peut faire apparaître les personnages non plus seulement comme deux individus singuliers, mais comme deux figures qui traversent le temps, jusqu’à perdre presque entièrement leur histoire personnelle.

L’île prend dès lors un sens ambigu. Est-elle un lieu de catastrophe ou de délivrance ? Patrick et Nathalie y ont perdu leur monde, leurs proches et leurs repères. Pourtant, ils n’ont plus à travailler, ne paient plus d’impôts, disposent d’une fortune qui ne leur sert à rien et finissent par admettre qu’ils ne sont peut-être pas si mal dans ce « paradis » coupé du monde. La formule du résumé, « La vie est un naufrage. L’au-delà, un paradis fiscal »,  prend alors tout son sens.

Leur relation évolue de la même manière. Les différences sociales et culturelles qui les opposaient au départ s’effacent peu à peu au profit d’une complicité. À mesure que leur passé devient flou, la question n’est plus tant de savoir qui ils étaient que de découvrir ce qu’ils peuvent encore devenir ensemble. L’histoire sentimentale reste traitée avec humour, mais elle laisse affleurer une idée plus grave : une autre vie devient peut-être possible quand la première s’est effacée.

Les Naufragés du Costa Mucho mêle ainsi plusieurs registres sans jamais cesser d’être une comédie : robinsonnade burlesque, satire sociale, comédie sentimentale et fable sur la mémoire se répondent jusqu’à rendre impossible une lecture entièrement réaliste de la situation.

Le naufrage finit alors par prendre une valeur métaphorique. Nous avançons dans la vie avec nos projets, nos biens, nos habitudes et nos certitudes, jusqu’au jour où tout peut disparaître. Ce qui reste tient finalement à peu de chose : un autre être humain, quelques souvenirs, tant qu’ils résistent, et la possibilité de continuer à danser alors même que le bateau a déjà coulé.

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