Au bout du rouleau de Jean-Pierre Martinez

Au bout du rouleau est une comédie contemporaine de Jean-Pierre Martinez pour 2 personnages (hommes ou femmes)

L’une se prétend journaliste pour un obscur web magazine, l’autre est un auteur en panne d’inspiration. Cette improbable interview pourrait lancer la carrière de cette pigiste en mal de scoop, et relancer celle de cette dramaturge passée de mode. Mais au théâtre, les apparences sont parfois trompeuses… Quels rôles jouent-ils exactement ? Dans ce jeu de dupes, chacun essaie de manipuler l’autre. Mais dans quel but ? Qui dans ce drôle de duel tirera la dernière cartouche… de stylo ou de revolver ?
Une comédie aux dialogues savoureux, pleine de rebondissements, et à la fin surprenante.

Distribution : 1 homme et 1 femme, ou 2 hommes, ou 2 femmes

Lien pour télécharger gratuitement et intégralement la version française de la pièce (version augmentée)
Toute représentation doit faire l’objet d’une autorisation et du paiement de droits de représentation.

Pièce écrite en août 2016
Création au Mee-sur-Seine, MJC le Chaudron, le 25 mars 2017

Traductions disponibles 
en espagnol : El último cartucho (traduction de l’auteur)
en anglais : Running on Empty (traduction d’Anne-Christine Gasc)
en portugais : No fim da linha (traduction de Cláudia Negrão)
en italien : L’ultima cartuccia (traduction de l’auteur)
en tchèque : 
U konce s dechem (traduction de Jaromír Janeček)

Au bout du rouleau, la chanson de la pièce

Version française : Au bout du rouleau

Version anglaise : Running on empty

Version espagnole : El último cartucho

Paroles et musique : Jean-Pierre Martinez

Les chansons peuvent être utilisées, sans obligation, dans le cadre d’une mise en scène, sur simple demande auprès de l’auteur et sans supplément de droits.
Le fichier audio est disponible sur demande après obtention préalable de l’autorisation de la SACD pour l’utilisation du texte de la pièce.

Nombre de répliques par personnage
Auteur/Autrice : 312 répliques
Visiteur/Visiteuse : 312 répliques

Ouvrage paru aux Editions La Comédiathèque
ISBN 979-10-90908-99-4
Octobre 2016
56 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 9,90 €

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Principaux montages

  • 2018 – Lisbonne (Portugal), Teatro da Trindade INATEL : No fim da linha, mise en scène de Cláudia Negrão, avec Alexandra Leite et Cláudia Negrão, production A Lagarto Amarelo. Le spectacle a ensuite tourné au Portugal jusqu’en 2020.
  • 2019-2020 – Épalinges (Suisse) : montage par la compagnie Les Jars Noirs.
  • 2020 – Madrid (Espagne), Teatro Nueve Norte : El último cartucho, mise en scène de Charlie Levi Leroy, avec Raquel Arigita et Charlie Levi Leroy, production The Acting Company.
  • 2021 – Karachi (Pakistan), Karachi Laughter Fest / National Academy of Performing Arts : Running on Empty.
  • 2023-2024 – Nice (France), Théâtre de la Cité : mise en scène de Christian Guérin, avec Chantal Giraudin et Robin Delval, Compagnie Antonin Artaud.
Akshara Theater, New Delhi (Inde)
Nice 2023
Calcuta (Inde) 2023
Sud de la France 2023
Karachi Laughter Fest 2021 (Pakistan)– National Academy of Performing Arts
Madrid, Août 2020
Saint-Domingue
REPS Theatre, Harare,Zimbabwe (2026)
Alexandra Leite et Cláudia Negrão dans No fim da linha à Lisbonne (Portugal)

Une comédie sur la création, la reconnaissance et la nécessité d’écrire

 Dans Au bout du rouleau, Jean-Pierre Martinez part d’une situation de comédie presque classique : un dramaturge vieillissant et désabusé reçoit une jeune journaliste venue l’interroger sur son œuvre. Mais l’interview se révèle bientôt être une mise en scène organisée par son agent pour tenter de remettre au travail un auteur qui n’écrit plus. À partir de ce dispositif, la pièce développe une réflexion ironique sur la création artistique, la reconnaissance et la place de l’auteur dans une société où la valeur d’une œuvre semble parfois dépendre autant de sa visibilité que de son contenu.
 
Le personnage central traverse d’abord une véritable crise d’identité. Pour lui, être auteur ne constitue pas seulement un métier : c’est une manière d’exister. Un comédien qui ne joue plus cesse en partie d’être comédien; de la même façon, un auteur qui n’écrit plus finit par se demander s’il est encore un auteur. Le célèbre « être ou ne pas être » de Shakespeare devient ainsi, par dérision, « être encore ou ne plus être auteur de théâtre ».
 
Cette question traverse toute la pièce. L’auteur a connu une certaine reconnaissance, mais il est désormais oublié, sans argent et sans inspiration. Son passé ne suffit plus à garantir son identité présente. Peut-on continuer à être ce que l’on a été lorsque le monde ne nous reconnaît plus comme tel ?
 
La pièce porte ainsi un regard particulièrement ironique sur les mécanismes de la reconnaissance artistique. L’arrivée soudaine d’un prix récompensant l’ensemble de l’œuvre transforme instantanément le statut du personnage. Quelques minutes auparavant, il était un auteur oublié dont personne ne montait plus les pièces ; le voici à nouveau susceptible de devenir une valeur marchande. Son agent lui propose aussitôt un contrat d’exclusivité et une avance pour une pièce qui n’existe pas encore.
 
La valeur de l’œuvre paraît alors étrangement dépendante de tout ce qui l’entoure : prix, médias, agents, réputation, succès commercial. Martinez ne nie pas l’importance de la reconnaissance, mais il en souligne le caractère souvent arbitraire. Le même auteur, avec la même œuvre, peut être considéré un jour comme dépassé et le lendemain comme important parce qu’une institution vient de le consacrer.
 
Cette satire du milieu culturel ne débouche pourtant pas sur un simple cynisme. Derrière les provocations du personnage apparaît une interrogation plus profonde sur la nécessité même de créer. L’auteur explique qu’écrire une comédie suppose encore de croire que se moquer des travers humains peut contribuer, même modestement, à les corriger. Son incapacité à écrire traduit donc moins une absence d’idées qu’une perte de confiance dans l’utilité de son propre travail.
 
C’est peut-être là que se trouve le véritable sens du titre. Être « au bout du rouleau », ce n’est pas seulement manquer d’argent, d’énergie ou d’inspiration. C’est arriver au point où l’on ne sait plus très bien pourquoi continuer.
 
La rencontre avec la visiteuse va pourtant remettre la création en mouvement. Celle qu’il jugeait incapable d’écrire devient progressivement sa partenaire. Les rôles se déplacent : l’auteur qui prétend savoir écrire n’écrit plus, tandis que la comédienne qui affirme ne pas savoir écrire commence à produire des idées. La création apparaît alors moins comme l’expression solitaire d’un génie que comme un processus de confrontation, d’échange, de détournement et de transformation.
 
La pièce pousse ce principe jusqu’à la mise en abyme. Les deux personnages finissent par imaginer l’histoire d’un auteur en panne d’inspiration qui reçoit la visite d’une journaliste. À la dernière scène, le dramaturge commence à dicter les premières lignes de la pièce que le spectateur vient précisément de voir.
 
Au bout du rouleau devient ainsi la représentation de sa propre naissance.
 
Cette construction circulaire apporte une dimension supplémentaire à la comédie. Le spectacle auquel nous venons d’assister pourrait être précisément la pièce que les personnages sont en train d’écrire. La panne créatrice se résout donc en devenant elle-même matière à création : lorsqu’un auteur croit ne plus avoir rien à raconter, il lui reste encore la possibilité de raconter cette impossibilité.
 
Sous l’humour et l’autodérision, Au bout du rouleau interroge ainsi ce qui fait réellement un auteur : son talent, sa production, la reconnaissance du public, celle des institutions, ou simplement la nécessité persistante de transformer le réel en fiction.
 
La réponse proposée par la pièce reste ouverte, mais son dénouement suggère que tant qu’il reste quelque chose à mettre en scène, ne serait-ce que sa propre incapacité à écrire, un auteur n’est peut-être jamais tout à fait… « au bout du rouleau ».
 
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