
La Corde est une comédie contemporaine de Jean-Pierre Martinez pour 2 personnages.
Dans un pays sous la coupe d’un tyran, alors que la contestation gronde et que la répression fait rage, un médecin et un prêtre s’affrontent sur la question de savoir si le devoir sacré de leurs fonctions respectives prime ou non sur celui des citoyens qu’ils sont aussi l’un comme l’autre. L’enjeu n’étant rien moins que la vie ou la mort du dictateur et par conséquent le maintien du régime ou l’accélération de sa chute…
Distribution : 2 personnages (2 hommes)
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Pièce mise en ligne en mars 2024
Création en 2025 par le Teatro Arte de Bucaramanga (Colombie)
La Corde, les chansons de la pièce
Version française
Version anglaise
Version espagnole
Paroles et musique : Jean-Pierre Martinez
Les chansons peuvent être utilisées, sans obligation, dans le cadre d’une mise en scène, sur simple demande auprès de l’auteur et sans supplément de droits.
Le fichier audio est disponible sur demande après obtention préalable de l’autorisation de la SACD pour l’utilisation du texte de la pièce.
Nombre de répliques par personnage :
Médecin: 155 répliques
Prêtre : 149 répliques
Ouvrage paru aux Editions La Comédiathèque
ISBN 978-2-38602-179-4
Mars 2024
42 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 12,00 €
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Quand les principes moraux se heurtent à la réalité
Dans La Corde, Jean-Pierre Martinez place deux hommes devant une situation où aucune décision ne paraît pleinement acceptable. Dans un pays soumis à une dictature, le médecin personnel du Général découvre que celui-ci souffre d’une maladie qui, faute de traitement, pourrait rapidement lui être fatale. S’il transmet son diagnostic, le tyran sera soigné et pourra poursuivre la répression. S’il garde le silence, il trahit son serment, mais contribue peut-être à mettre fin au régime et à sauver de nombreuses vies.
Avant de décider, il se confie à l’aumônier du Palais.
La pièce repose ainsi sur un dilemme d’une apparente simplicité : faut-il tendre une corde à un tyran qui se noie ?Mais chaque réponse fait naître une nouvelle question. Peut-on laisser mourir un homme pour en sauver des centaines ? Refuser de le sauver revient-il à le tuer ? Le devoir du médecin envers son patient doit-il l’emporter sur celui du citoyen face à un criminel ? Et le respect absolu d’un principe moral reste-t-il juste lorsque ses conséquences deviennent elles-mêmes inhumaines ?
Le médecin et le prêtre sont tous deux liés par un engagement. L’un a prêté le serment d’Hippocrate ; l’autre est tenu par les devoirs de son ministère, notamment par le secret de la confession. Leur fonction leur impose de venir en aide à tout être humain, indépendamment du jugement que la société porte sur lui.
Or celui qu’il s’agit de sauver n’est précisément pas n’importe qui.
Le Général est responsable d’une répression sanglante. Ses opposants sont emprisonnés, torturés ou assassinés. À mesure que la pièce avance, le fracas de la rue rappelle que le débat qui oppose les deux personnages n’a rien d’abstrait. Pendant qu’ils discutent de morale, des hommes meurent.
La question devient alors celle de la responsabilité individuelle face à un pouvoir criminel. Peut-on se contenter de remplir son devoir professionnel lorsque la fonction que l’on exerce contribue indirectement au maintien d’une dictature ? Jusqu’où l’obéissance peut-elle justifier l’inaction ?
Le médecin rappelle que l’obéissance aux ordres n’a pas suffi à exonérer les accusés du procès de Nuremberg. Le prêtre lui répond qu’en renonçant aux principes qui fondent la civilisation pour combattre la barbarie, on risque d’adopter les méthodes mêmes que l’on condamne.
C’est là que La Corde échappe à toute opposition simpliste. Le médecin n’incarne pas à lui seul la résistance, pas plus que le prêtre ne représente simplement l’ordre établi. Tous deux savent qu’ils ont, jusque-là, vécu au voisinage du pouvoir et bénéficié de sa protection. Aucun ne peut se présenter comme un héros irréprochable.
Le médecin reconnaît même avoir soutenu le coup d’État au nom du retour à l’ordre, avant de comprendre qu’un ordre imposé par la force pouvait devenir une autre forme de désordre.
La pièce explore ainsi une zone plus inconfortable que l’opposition entre héros et collaborateurs : celle de tous ceux qui s’accommodent, par prudence, intérêt ou résignation, d’un système qu’ils désapprouvent, jusqu’au jour où les circonstances les obligent à choisir.
À cette question politique s’en ajoute une autre, plus philosophique : sommes-nous réellement libres de nos choix ?
L’histoire du jeune Hitler sauvé de la noyade introduit la question du déterminisme. Si l’on connaissait avec certitude l’avenir d’un enfant destiné à devenir un tyran, serait-il légitime de le laisser mourir ? Mais une telle certitude est-elle seulement possible ? Et pouvons-nous jamais prévoir toutes les conséquences de nos décisions ?
Le médecin pense pouvoir infléchir le cours de l’Histoire en laissant mourir le Général. Le prêtre lui rappelle qu’une dictature peut en engendrer une autre, qu’une révolution peut déboucher sur la Terreur et que les effets d’une action échappent toujours en partie à celui qui l’accomplit.
Le dilemme ne porte donc plus seulement sur le bien et le mal. Il concerne aussi les limites de notre capacité à prévoir les conséquences de nos actes.
C’est ce qui donne au titre toute sa portée. La corde est celle que l’on tend à celui qui se noie pour le sauver. Mais elle peut aussi servir à le pendre. Le même objet devient instrument de secours ou de mort selon l’usage que l’on en fait.
La pièce refuse également de décider à la place du spectateur. À plusieurs reprises, le quatrième mur se brise et les personnages demandent directement au public ce qu’il ferait dans leur situation. Chacun est ainsi invité à prendre parti, avant d’être confronté presque aussitôt aux contradictions de sa propre réponse.
Au dénouement, le hasard tranche en partie ce que la morale, la religion, la médecine et la philosophie n’ont pas réussi à résoudre. La mort du tyran ne dispense pourtant pas les deux hommes de répondre de leurs actes. Le régime s’effondre, les manifestants envahissent le Palais, et chacun devra désormais assumer ce qu’il a fait — mais aussi ce qu’il s’est abstenu de faire.
La Corde est ainsi moins une pièce à thèse qu’une pièce qui organise méthodiquement le doute. Elle confronte les principes à leurs conséquences, la morale à l’action, le libre arbitre au déterminisme et la responsabilité individuelle au mouvement de l’Histoire.
Elle pose finalement une question qui dépasse largement le contexte de la dictature : que valent nos convictions tant que les circonstances ne nous obligent pas à en payer le prix ?
Analyse politique de La Corde de Jean-Pierre Martinez
Introduction
La Corde est une pièce à huis clos qui se déroule dans le cabinet d’un médecin militaire, au sein du Palais Présidentiel d’un régime dictatorial. La présence d’un portrait en majesté d’un général indique une tyrannie en place. L’affrontement entre le médecin et le prêtre, personnages centraux de la pièce, sert de prétexte à une réflexion politique et morale sur le pouvoir, la responsabilité individuelle et la légitimité de la résistance face à l’oppression.
1. Un contexte politique oppressant
La pièce s’ancre dans un cadre politique clairement dictatorial, où :
- La répression des opposants est systématique : arrestations arbitraires, répressions sanglantes des manifestations, assassinats camouflés en suicides.
- L’État contrôle l’ensemble de la société : la médecine et la religion sont instrumentalisées pour maintenir le pouvoir du tyran.
- Les institutions sont corrompues et impuissantes : la justice est inexistante, les intellectuels et les élites sont soit complices, soit contraints au silence.
L’intrigue repose sur une alternative cruciale : le médecin, détenteur d’une information médicale capitale, doit décider s’il sauve ou non la vie du dictateur, sachant que son décès pourrait entraîner la chute du régime.
2. Un duel idéologique entre science et foi
Le médecin et le prêtre incarnent deux visions du monde et de la responsabilité :
- Le médecin : rationnel et pragmatique, il est déchiré entre son serment d’Hippocrate et son rôle de citoyen. Il perçoit la dictature comme une machine répressive qu’il peut arrêter en un acte passif (ne pas signaler l’anévrisme du tyran).
- Le prêtre : défenseur des principes moraux absolus, il refuse de cautionner l’idée de sacrifier une vie, même celle d’un monstre. Il prône la patience et la justice divine, malgré son impuissance face aux atrocités du régime.
Ce duel idéologique met en lumière une tension entre morale individuelle et pragmatisme politique :
- Faut-il respecter des principes immuables (ne pas tuer, respecter son serment) même si cela signifie laisser perdurer l’injustice ?
- Ou faut-il transgresser ces principes pour un bien supposé supérieur (mettre fin à une dictature) ?
3. L’assassinat politique : un acte de résistance ou un crime ?
La pièce questionne le juste usage de la violence dans un régime totalitaire. Le médecin pose une question fondamentale :
- Laisser mourir un tyran est-il un assassinat ou un acte de légitime défense au nom du peuple ?
- Peut-on moralement justifier un meurtre si celui-ci sauve des vies ?
Cette interrogation s’inscrit dans une tradition théâtrale et philosophique sur la tyrannie et la légitimité du régicide :
- On pense à Brutus et César, à Hamlet face à l’usurpation du trône, ou encore aux débats modernes sur le devoir d’ingérence et l’élimination des dictateurs.
- À travers la référence au jeune Hitler sauvé d’une noyade, la pièce pousse la réflexion sur le déterminisme et la responsabilité individuelle dans le destin collectif.
Le spectateur est directement interpellé, à travers des adresses au public, brisant le quatrième mur pour poser la question : auriez-vous tendu une corde à Hitler pour le sauver ? Cette mise en abyme engage activement le spectateur dans le dilemme moral, transformant le théâtre en espace de réflexion politique.
4. La politique comme impasse morale
La fin de la pièce souligne l’impuissance de la morale face à la complexité du pouvoir :
- Le médecin cède à la tentation d’un crime passif, mais sans satisfaction ni certitude sur les conséquences de son acte.
- Le prêtre ne le dénonce pas, acceptant malgré lui que l’ordre du monde puisse être changé par une transgression.
- Le régime s’effondre, mais la révolution ne garantit pas un avenir meilleur : une nouvelle violence est possible.
Jean-Pierre Martinez met ainsi en garde contre les cycles de pouvoir, où la chute d’un tyran ne signifie pas nécessairement la fin du despotisme. Il pointe également le fait que les résistants eux-mêmes, en utilisant les méthodes des oppresseurs, risquent de devenir les prochains dictateurs.
5. Une pièce engagée, mais sans réponse définitive
Contrairement à un théâtre militant qui proposerait une issue claire, La Corde plonge son public dans l’ambiguïté morale :
- Elle ne tranche pas entre action et passivité, entre la révolte et l’acceptation.
- Elle refuse la vision manichéenne du bien et du mal absolus.
- Elle pose des questions universelles sur la justice, la responsabilité et le pouvoir, en refusant les réponses simplistes.
Le spectateur est donc invité à prendre position, à réfléchir sur ce que signifie être un citoyen dans une société oppressive et sur les limites du pacifisme face à la barbarie.
Conclusion
La Corde est une tragédie politique moderne, où le théâtre devient un espace de questionnement sur la morale et le pouvoir. À travers un dialogue intense et une adresse directe au public, Jean-Pierre Martinez explore la responsabilité individuelle face à un régime autoritaire, l’éthique du pouvoir et les dangers de la compromission.
En refusant d’offrir une solution, la pièce confronte le spectateur à ses propres dilemmes moraux, rendant le théâtre un lieu d’engagement et de réflexion sur la complexité du monde politique.
Montages
2025 – Bucaramanga (Colombie), Teatro Arte : création de la pièce dans sa version espagnole, La Cuerda.
2026 – Pérouse (Italie), Teatro Franco Bicini : La Corda, par la Compagnia del Canguasto, mise en scène de Mariella Chiarini.

