Echecs aux Rois de Jean-Pierre Martinez

La politique s’apparente souvent à une partie d’échecs, excluant toute notion de morale. Que l’on joue avec les blancs ou avec les noirs, il s’agit toujours pour un camp de vaincre l’autre afin qu’il ne reste plus qu’un seul roi. Un jeu absurde, puisqu’avec la défaite de l’adversaire, c’est aussi la partie qui se termine. Et que le seul avenir possible ne saurait être qu’une éventuelle revanche. Tel est le sujet de cette comédie grinçante où roi et reine, et ceux qui intriguent pour les remplacer, n’hésitent pas à sacrifier les pions pour gagner la partie. Une illustration tragi-comique des extravagances auxquelles peuvent s’abandonner ceux qui succombent au virus de la politique…
Distribution : 8 personnages.
Certains rôles sont indifféremment masculins ou féminins : 6 hommes/2 femmes, 5 hommes/3 femmes, 4 hommes/4 femmes, 3 hommes/5 femmes, 6 femmes/2 hommes
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Pièce mise en ligne en juillet 2020
Pièce créée à Saint-Régis-du-coin, Salle polyvalente, le 29 juillet 2021
Traduction en anglais par l’auteur Check to the Kings
Traduction en espagnol par l’auteur Jaque Mate
Traduction en portugais par l’auteur Xeque-Mate
Ouvrage paru aux Editions La Comédiathèque
ISBN 9782377054572
Août 2020
84 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 13 €
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Analyse de la pièce
Échecs aux Rois est une comédie satirique qui détourne les codes du pouvoir et de la monarchie pour mettre en lumière les dérives des régimes autoritaires. À travers une intrigue où se mêlent manipulation, corruption, trahisons et opportunisme, Jean-Pierre Martinez propose une lecture critique des mécanismes du pouvoir et de la manière dont les dictatures modernes s’emploient à perpétuer leur domination sous des apparences démocratiques.
Le jeu d’échecs devient ici une métaphore du pouvoir, où chaque personnage joue son rôle dans une partie politique où tous les coups sont permis.
1. Une critique des dictatures contemporaines
La pièce met en scène un monarque autocratique, qui a su, au fil du temps, transformer un régime présidentiel en une monarchie absolue, grâce à des modifications successives de la Constitution. Ce roi, ancien président élu, est un symbole des régimes qui utilisent le processus démocratique pour s’assurer une emprise totale sur le pays.
Les éléments qui soulignent cette dictature en décomposition :
- Un pouvoir fondé sur la répression et la propagande : le roi a éliminé ses opposants et muselé la presse indépendante.
- Une corruption institutionnalisée : les élites politiques et militaires participent au pillage des richesses du pays.
- Une société à bout de souffle : la population souffre de la crise économique et de la faim, ce qui pousse à la révolte.
Le leader de l’opposition, qui incarne l’espoir démocratique, doit composer avec ces réalités, tout en évitant de tomber dans les mêmes travers que ceux qu’il combat.
2. Le cynisme du pouvoir et la mise en scène de la démocratie
La pièce souligne comment les autocrates modernes manipulent les institutions démocratiques pour maintenir leur mainmise sur le pouvoir :
- Élections truquées et contrôle des candidats pour éviter toute véritable alternance.
- Utilisation de la propagande pour orienter l’opinion publique et discréditer les opposants.
- Détournement des crises pour consolider leur pouvoir.
L’exemple le plus frappant dans la pièce est l’invention d’une fausse épidémie destinée à :
- Instaurer l’état d’urgence et justifier un report des élections.
- Plonger la population dans la peur, la rendant plus docile.
- Offrir au roi l’opportunité d’apparaître comme un sauveur, grâce à un vaccin qu’il contrôle.
Ce stratagème rappelle les stratégies de diversion et de manipulation utilisées par certains régimes pour détourner l’attention des vrais problèmes économiques et sociaux.
3. Le jeu d’échecs : une métaphore du pouvoir
Tout au long de la pièce, le jeu d’échecs est omniprésent, servant de métaphore centrale pour illustrer la lutte politique et stratégique entre les différents protagonistes :
- Le roi : habitué à jouer seul, il ne tolère pas la défaite et manipule les règles à son avantage.
- La ministre : stratège rusée, elle joue en coulisses pour s’assurer une place privilégiée dans le régime post-monarchique.
- Le général : fidèle serviteur du pouvoir, il incarne la force militaire qui peut basculer d’un camp à l’autre.
- La princesse : d’abord spectatrice du jeu, elle finit par en devenir une joueuse décisive.
- Le leader de l’opposition : l’adversaire du roi, qui doit jouer avec prudence pour ne pas être sacrifié.
Le parallèle entre la politique et les échecs est renforcé par des dialogues où les personnages utilisent le lexique du jeu pour parler des manœuvres de pouvoir. À travers cette analogie, Martinez met en lumière l’absurdité des luttes politiques, où les individus ne sont que des pièces interchangeables.
4. L’ambiguïté du changement politique
Si Échecs aux Rois met en avant la nécessité d’un changement, elle ne fait pas l’apologie d’un renversement naïf du pouvoir. La pièce met en garde contre les illusions du renouveau politique :
- Le leader de l’opposition, bien qu’idéaliste, doit composer avec les compromissions et les intrigues du pouvoir.
- La ministre et le général, figures de la corruption, ne disparaissent pas mais cherchent à se recycler dans le nouvel ordre.
- Le peuple, d’abord révolté, devient servile sous l’effet de la peur et de la manipulation, acceptant un régime liberticide en échange d’une illusion de protection.
La pièce pose ainsi un doute sur la possibilité d’un réel changement, suggérant que les acteurs du pouvoir changent, mais les structures restent les mêmes.
5. Une satire politique mordante
L’humour noir et le cynisme imprègnent la pièce, rendant la critique politique encore plus percutante. Martinez exploite :
- Le comique de situation, notamment avec le roi qui envisage son propre suicide mais se laisse convaincre par des solutions encore plus absurdes.
- Le comique de langage, avec des répliques incisives et des jeux sur les expressions populaires (notamment autour de la « corde »).
- L’absurde, qui reflète l’irrationalité du pouvoir et la manière dont les dictateurs justifient leurs décisions les plus délirantes.
La pièce démasque la vanité et la fragilité des puissants, tout en soulignant l’aveuglement des masses face aux manipulations du pouvoir.
Conclusion
Échecs aux Rois est une fable politique grinçante, où le pouvoir est un jeu cruel dont les règles changent au gré des intérêts des dominants. Jean-Pierre Martinez y explore :
- La manipulation des institutions démocratiques par les régimes autoritaires.
- L’opportunisme des élites, prêtes à trahir pour se maintenir en place.
- L’instrumentalisation de la peur comme outil de contrôle des masses.
- Le cycle perpétuel du pouvoir, où chaque révolution porte en elle les germes d’une nouvelle oppression.
En refusant de donner une réponse définitive sur l’issue de cette partie d’échecs, la pièce pousse le spectateur à s’interroger : la démocratie peut-elle véritablement triompher, ou est-elle condamnée à être une illusion, manipulée par ceux qui savent en tirer profit ?